Spécialisée dans la prise en charge de l'obésité et les bilans/suivis de chirurgie bariatrique

Sandra Martin

Diététicienne-nutritionniste

Suivi post opératoire de la chirurgie bariatrique

De la qualité du suivi dépend la qualité du résultat à long terme de l'intervention. Les interventions de chirurgie bariatrique sont responsables d'une perte de poids prononcée et durable. Ces patients doivent impérativement être suivi par une équipe pluri-disciplinaire à la recherche de carence protéino-énergétique mais aussi de carences vitaminiques.

Le premier mois post-opératoire

Cette période est particulièrement éprouvante pour le patient. L'acte chirurgical modifie radicalement l'alimentation et rend totalement impossible les écarts alimentaires. Le caractère restrictif de la chirurgie est majoré par l’œdème post opératoire qui augmente le caractère sténosant de l'anastomose gastro-jéjunale en cas de by-pass.


Les mois suivants

Après la première consultation chirurgicale post opératoire, il est souvent plus facile de s'alimenter mais les difficultés d'alimentation sont encore présentes. Le patient apprend à connaitre lui-même sa capacité gastrique et ressent une satiété précoce pour une quantité d'aliment ingérée de l'ordre de celle d'un enfant de 3 ans. Il est important de ne pas surcharger l'estomac pour éviter la survenue de douleurs souvent suivies de vomissements alimentaires.


Suivi de la perte de poids

L'amaigrissement est rapide surtout les premiers mois (10 à 15 kg par mois). Il est très important de surveiller et de prévenir l'apparition d'une carence en lien avec cette perte de poids. La carence protéique se traduit rapidement par une baisse de l'albumine et de la pré-albumine.

Les modifications des habitudes alimentaires

Une fois l'intervention réalisée, l'alimentation est considérablement restreinte.


Les principales consignes à respecter sont:
  • Manger lentement
  • Ne jamais forcer si l'on sent que cela ne passe pas
  • Ne pas boire pendant le repas mais plutôt avant et une dizaine de minutes après
  • Fractionner les repas (ajouter deux collations à 10h et 16h)
  • Favoriser les apports protidiques au dépend des graisses et des sucres

Il faut bien savoir que cette intervention:
  • réduit la quantité d'aliment que vous pouvez absorber de l'ordre de 85%
  • entraîne une malabsorption (en cas de by pass) c'est à dire que les aliments sont éliminés avant d'être complètement assimilés.
  • réduit l'absorption des graisses et des vitamines liposolubles
  • peut être responsable d'un inconfort lors de la prise d'aliment très sucré ou très gras (dumping syndrome)

Quelques conseils sur votre façon de manger:

 Adapter la texture des aliments

La façon de reprendre son alimentation après l'intervention est importante pour le résultat à long terme. Une alimentation liquide est proposée au début pendant quelques jours puis une alimentation semi-liquide puis mixée et enfin moulinée avant de reprendre une alimentation normale. En cas de difficulté d'alimentation, ne pas hésiter à "rétrograder", c'est-à-dire à repasser à une alimentation mixée voir même liquide.


Manger lentement

La façon de s'alimenter est aussi importante que ce que vous mangez. Il faut manger lentement et calmement pendant une période minimale de 45 minutes le midi et de 30 à 40 minutes le soir.


Manger souvent

Contrairement à ce qui est souvent dit, nous proposons souvent au patient de "grignoter" lorsque l'alimentation est insuffisante. Ce n'est pas du grignotage vrai mais plutôt un fractionnement alimentaire qui fait passer de 3 repas à 6 "petits" repas.


Ne pas vomir

Le patient opéré ne doit pas lutter contre la limitation gastrique par une prise alimentaire supplémentaire ce qui est souvent responsable de douleur. Les vomissements sont susceptibles d'abîmer le montage chirurgical. Le patient ne doit, en aucun cas, se faire vomir.


Accepter une restriction alimentaire radicale

La quantité admise pour le repas est celle que mangerait un enfant de 3 ans. Tous les patients éprouvent une réelle difficulté à accepter une telle contrainte. Cependant ce "mal est nécessaire" et les choses s'améliorent avec le temps. Il est aussi important de ne pas se coucher après le repas. La position allongée ralentit la vidange de l'estomac et crée un inconfort.

Le suivi nutritionnel après by-pass

Bien que le by pass gastrique soit efficace en terme de perte pondérale et de qualité de vie, il est fréquent d'observer l'apparition de carences précoces ou à plus long terme. Une ordonnance d'un bilan complet pourra vous être prescrite par votre médecin ou par un des spécialistes qui vous suivent. Le suivi médical est donc primordial même plusieurs années après l'opération.

Le mécanisme d'action du by-pass (ou du mini by-pass) est basé sur une restriction alimentaire par diminution de la capacité de l'estomac et sur une malabsorption qui diminue les possibilités du patient à utiliser les calories contenues dans les aliments. La conséquence est que certains aliments ou vitamines peuvent finalement manquer

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Les vitamines

Vitamine D (et Calcium)

La vitamine D est indispensable à la formation des os. En cas de déficit, des douleurs osseuses peuvent survenir en rapport avec une déminéralisation (baisse de la densité osseuse). Cette vitamine manque souvent avant l'intervention. Après l'intervention, pratiquement la moitié des patients vont en manquer. Sa synthèse est également dépendante de l'exposition au soleil et de l'apport de calcium.

Vitamine B1

Cette vitamine est nécessaire au fonctionnement des cellules nerveuses et du muscle. La survenue d’une carence est favorisée par les vomissements fréquents.Elle se traduit par une fatigue importante, une constipation, des troubles de la vue. L’atteinte nerveuse périphérique se traduit par une atrophie et des douleurs musculaires associées à des paresthésies et une abolition des réflexes tendineux (pouvant aller jusqu'à la polynévrite). Des problèmes cardiaques peuvent apparaître avec une modifications de l’électrocardiogramme. On en trouve dans le germe de blé, les graines de soja, les œufs de poissons, le jaune d’œuf, et le jambon.

Vitamine B5 et B8

Ces deux vitamines sont importantes pour la peau et les phanères (Cheveux et ongles). En cas de déficit, une chute des cheveux importante survient.

Vitamine B9 (Folates)

Cette carence se manifeste par une anémie (chute de l'hémoglobine) et si elle est intense par des troubles neurologiques. Ces troubles neurologiques sont réversibles. Il faut insister sur l'apport de cette vitamine en cas de grossesse. Les besoins sont alors décuplés ce qui rend le suivi indispensable.

Vitamine B 12

Si cette vitamine est déficitaire, le taux d'hémoglobine chute traduisant la présence d'une anémie. Les troubles neurologique que l'on peut observer sont une perte de la sensibilité qui peut être irréversible. Ces patients ont des diarrhées.

Vitamine A

Cette carence est rare après by pass (autour de 8% des patients). Elle se traduit par une atteinte de la vue et de la peau. L'acuité visuelle diminue en particulier la vision nocturne. La peau et les ongles ainsi que la croissance sont touchées par un déficit en vitamine A. De plus les patients carencés sont plus sensibles aux infections par une diminution des défenses immunitaires.


Les minéraux

Fer

Le fer est nécessaire à la fabrication de l'hémoglobine. Sans lui, il y a une baisse de la production des globules rouges et une anémie. L'anémie se traduit par une pâleur du visage, et une fatigue importante. Le transport de l'oxygène se faisant mal, le patient est essoufflé. Le by-pass entraîne souvent une inappétence ou un dégoût pour la viande rouge et une diminution de l'absorption duodénale. La vitamine C favorise l'absorption du fer.

Zinc et sélénium

Une carence en zinc et en sélénium se manifeste par une perte de cheveux modérée et transitoire. Elle peut se manifester également par des problèmes de peau et de cicatrisation. Le zinc est présent dans la viande et dans beaucoup de fromages ainsi que dans les céréales complètes. Le sélénium se trouve dans les rognons et le poisson (thon).